Vipassana et moi

A première vue, il est vrai que de ne pas avoir le 20170215_Vipassana_Dhamma Sumeru010droit de parler, d’écouter de la musique ou d’écrire, de devoir me contenter d’un régime végétarien, et de m’imposer de respecter les limites du centre comme si j’étais détenu pour une période de 10 jours à de quoi faire peur! Et pourtant, en lisant les préceptes que je dois m’engager à respecter, je me dis que ces 10 jours ne vont pas être si difficile. S’abstenir de tuer toute créature vivante, s’abstenir de voler, s’abstenir de consommer tout intoxicant fait déjà partie de ma vie de tous les jours. Quant à m’abstenir de mentir et m’abstenir de toute activité sexuelle, la ségrégation hommes/femmes dans le centre et l’instauration du « noble silence » dès le premier soir élimine de fait ces deux derniers. Et puis en vrai je me dis surtout, que rester à méditer 10h30 par jour le cul sur un coussin, ce sera autrement plus facile que de faire un treck en autonomie complète dans la forêt de Tazmanie, avec un sac de 30Kg sur le dos.

Bon, présenté comme ça, c’est vrai que le cours de 10 jours d’introduction à la technique de méditation Vipassana ne fait pas rêver. Et pourtant, les personnes qui m’en ont parlé l’ont fait avec tellement de ferveur, de passion même en me disant que « c’est un truc qui est fait pour toi », que « tu es dans une dynamique qui y ressemble tellement depuis ces trois dernières années où tu t’es engagé dans la voie du développement personnel », que j’ai fini par me décider à faire le pas, et que je me suis inscrit à une session de formation.

Parmi les plus de 160 centres de formation existants autour du monde, j’ai choisi le Dhamma Sumeru situé à Mont Soleil dans le Jura Suisse, qui est un endroit un peu spécial pour moi. Situé à 30Km de là où j’ai passé toute mon enfance, c’est un espace où les énergies sont omniprésentes. Une centrale photovoltaïque, une ferme d’éoliennes pour l’électricité, mais également d’un coté moins pragmatique, un endroit où l’on pratique encore « le secret ». Et puis j’ai mon parrain qui vit au pied de cette montagne, c’est une excellente occasion de passer lui rendre visite!20170215_Vipassana_Dhamma Sumeru002.jpg

Je préfère avertir, dans ce billet, je ne parle quasiment pas de mes sensations, et ce pour deux raisons. La première parce c’est quelque chose de très personnel que je ne suis pas prêt à partager. La seconde, parce que chaque étudiant va ressentir ses propres sensations, qui ne seront pas les mêmes que celles que j’ai ressenties moi. C’est un fait, on est tous différents, et chercher à ressentir dans son propre corps les sensations qu’un autre nous a raconté n’a juste pas de sens dans cette pratique. Non ! Dans ce billet, je veux parler de ce que j’y ai découvert, de l’expérience telle que je l’ai vécue, de ce que j’ai appris, et que je continue à mettre en pratique depuis. Dans ce billet je veux parler du déroulement du stage, essayer d’apporter les réponses aux questions que je me suis posées et auxquelles je n’ai quasiment pas trouvé de réponses avant de m’inscrire.

Premièrement, NON! Vipassana n’est définitivement pas une secte! C’est une technique de méditation basée sur l’observation de soi, de son corps et de ses sensations. Une technique qui permet d’améliorer son attention, pour apprendre à maîtriser le courant de ses pensées. C’est en quelque sorte, une technique de musculation du cerveau, comme on fait des pompes pour développer les muscles des bras et des pectoraux, où des exercices de gainages pour muscler la sangle abdominale.

sng-f01f4d6595afa4ab14edced074a7e45cD’ailleurs, les discours de S.N. Goenka qui sont diffusés le soir me surprennent à plusieurs reprises. En l’écoutant, je me dis que définitivement le Bouddha Gotama qui a redécouvert cette technique il y a 2500 ans était un précurseur des libertaires. « Ni dieux ni maîtres, pensez par vous même », définitivement rien à envier à la littérature de l’Espace Noir, la coopérative culturelle autogérée du coin où j’ai passé la journée de mon arrivée. Je suis également régulièrement surpris de trouver les réponses aux questions que je me posais l’après-midi dans le discours du soir. En plus des détails sur la pratique, il y fourni de nombreuses explications sur la théorie qu’il y a derrière le fonctionnement de cette pratique méditative. En fait, ses discours parlent essentiellement de la « Sila », le terme en langue de là-bas pour parler de la Moralité, qui relève essentiellement du bon sens pour une personne qui s’interroge de manière responsable de l’impact de ses actes sur autrui. S.N. Goenka y raconte pleins de petites histoires, un peu comme les fables de Lafontaine, où, avec humour et compassion, il amène en conclusion son analyse de la situation.

« Panna », « Annica », « Adhitthana » , s’il y a de nombreux mots en Pahli, la langue parlé à l’époque du Bouddah Gotama, c’est uniquement parce qu’il est plus facile d’utiliser ces termes qui définissent des concepts, de dire « Sati » plutôt que « la conscience attentive ». Je le vis comme si j’apprends une langue étrangère, et les termes récurrents prennent vite place dans mes propre pensées. D’ailleurs, je me surprends même à penser régulièrement EN ANGLAIS! Comme quoi le cerveau est vraiment capable de prouesses linguistiques!20170215_Vipassana_Dhamma Sumeru012.jpg

Soyez fort, OUI, participer à une formation Vipassana demande un investissement personnel important. Non pas financier mais bel et bien physique (les cours sont gratuits, le financement se fait par les dons des anciens étudiants qui souhaitent partager les bienfait de la pratique avec les autres). En introduction, je pensais que rester assis le cul sur un coussin de méditation 10h30 par jour serait une cure de repos, je me suis trompé. Et à voir les contorsions, étirements et positions bizarres que les autres étudiants prennent en sortant du hall de méditation, je peux sereinement dire que je ne suis pas le seul à avoir la larme à l’œil et à souffrir de douleurs très vives dans les jambes et le dos les 4-5 premiers jours. Cela est en fait partie intégrante de l’apprentissage de la ferme détermination et de l’équanimité. Oui, je suis à deux doigts de me décider à quitter le centre en me disant qu’avec mes genoux de randonneur, je ne suis pas fais pour passer autant de temps les jambes pliées, que de tels étirement vont me poser des problèmes d’entorses du genoux par la suite (oui mon cerveau s’emballe vite!)… Mais il y a autour de moi deux gars qui semblent souffrir autrement plus que moi, et qui pour autant s’accrochent pour dépasser leur douleur. Leur détermination m’inspire, je suis tien bon.

Et c’est une des meilleures décisions que je prends. Après trois jours de pratique de « Anapana » pour m’entraîner à maintenir mon attention consciente, Le 4ème jour j’apprends la pratique de « Vipassana », l’outil qui permet d’observer objectivement mes sensation et de faire l’apprentissage de l’équanimité et de l’impermanence. A partir de là, je ne regarde plus mes douleurs de la même manière, elles changent … et s’effacent. 20170215_Vipassana_Dhamma Sumeru006Oui c’est surprenant! Ne me croyez pas sur parole, faites-en l’expérience! là où je changeais 3 fois de positions en 1h au début de la formation, je reste dans la même position 3h de suite à la fin, faisant même parfois sauter les pauses prévues dans l’emplois du temps pour poursuivre mon travail sur mes sensations tellement je trouve cette technique efficace! Le soir du 9ème jour, le programme enseigne la pratique de « Metta », ou comment clore une méditation avec bienveillance. Ce soir là est un des moment les plus fort du stage, un moment de partage intense avec l’ensemble des étudiants présent dans le hall de méditation. Un moment de ceux que l’on ne veux pas arrêter.

Oui, malgré le « noble silence », il y a un lien qui se tisse entre nous quand même. Cette règle qui peut surprendre à un sens. Celui de permettre à chacun de méditer comme s’il est seul, avec l’esprit tourné sur l’observation de lui-même, sans distractions. Mais à partager le quotidien de mes deux « room mates », on se découvre d’une autre façon. Même l’enseignante l’a remarqué, « il y a une connivence qui s’est créé entre ces trois là ». A la libération de la parole le matin du 10ème jour, on passe un temps mémorable à pleurer de rire sur tous les petits rien que chacun a remarqué tout au long du stage, à faire connaissance et à partager sur l’expérience que l’on est en train de vivre. Le 10ème jour est un tampon pour atténuer le choc du retour à la civilisation, 9 jours en silence, je suis vite saoulé par tant de bruit et d’agitation, il faut se donner le temps de se réadapter à la vie en société où on va replonger dès demain…mais malgré tout, il y a tant de choses sur lesquelles je veux échanger, le temps me semble compté, si court désormais. Voila, c’est aussi pour ça le « noble silence ». Mes pensées défilent tellement vite dans mon cerveau que je ne suis plus en état de méditer sereinement. Il y a un goût de fin, d’amertume presque, comme quand on veux continuer encore un peu.

Le dernier jour est consacré au nettoyage, aux échanges de coordonnées, aux longues discussions, encore. Chacun repousse au plus loin la séparation. A quatre, on décide de boucler cette expérience par une petite marche pour se dégourdir les jambes. Redescendre à St Imier dans le fond de la vallée à travers la forêt. 30 minutes de marche seulement (en descente, comptez 45 min à 1h dans le sens de la montée surtout si vous avez un sac). ça ne nous suffit pas. Il est midi, on fini à l’espace noir pour la soupe populaire jusqu’à ce que l’heure invite les dernières voitures à démarrer. Je me retrouve seul, il est temps de partir à mon tour vers d’autres aventures.

20170215_Vipassana_Dhamma Sumeru004
Au revoir Dhamma Sumeru!

2 réflexions sur “Vipassana et moi

    1. Hi Katherine!
      Nice! I’ll be happy to share your vidéo on my web page but I cannot find you on facebook! cantyou try to share it on my personnal page? look after « stephane maillard » with the keyword « nouméa » if I’m not the first choice!
      looking forward to read you!
      cheers!
      Kaek

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s