Chapitre 12 : la Rolex Sydney Hobart Race

Ou plutôt je devrais dire ma Hobart Sydney, mais avouez que le titre ferait beaucoup moins accrocheur! C’est un titre un peu provocateur en clin d’œil à mon hésitation du mois de septembre, quand je me suis rendu compte que je n’accordais finalement pas tant d’importance à la course en elle même, mais plus à l’envie de voir cette partie du monde où l’océan a mauvaise réputation. L’occasion peut être de voir une grosse mer avant de m’engager plus avant sur mon projet de convoyage entre la Nouvelle Zélande et la Patagonie où le voyage est autrement plus long sans porte de sortie… Participer à la course impliquait de passer du temps à Sydney avant pour trouver un bateau, faire des entrainements…, et ce temps je préférais le consacrer à autre chose. Un choix donc.
L’élément déclencheur de mon voyage à travers la Tasmanie et d’avoir trouvé un moyen de faire envoyer mon sac de voile à Hobart dans le container des régatiers, et d’avoir tous mon matos pour convoyer un bateau sur le chemin du retour (merci Joris!). Il ne me restait plus qu’à trouver un bateau. Grâce à mes petites annonces distribuées sur les pontons, j’ai eu le choix entre pas moins de 5 propositions. Le fait de déposer mon sac à bord de TSA management le soir du 1er janvier, je redeviens un marin au lieux du baroudeur en backpack. Et en marin jusqu’au bout, je retrouve Leah et Tony de mon équipage au Shipwrick, le plus vieux pub de Hobart dans le quartier historique de Batterie point, qui organise des soirées spéciales pour l’occasion de cette course de renommée internationale.

J’y retrouve également Marc et Richard mes amis de Brisbane qui ont fait la régate à bord de « King’s legend », ainsi que leurs épouses qui leur ont fait la surprise de les rejoindre à Hobart. J’avais été leur parrain pour la « Sail Nouméa » en juin 2015, c’est également à cette l’occasion que j’avais rencontré Leah et Tony et c’était suite à cette régate que j’avais eu l’opportunité de convoyer « Carbon Credit’s » jusqu’en Australie.

Marc m’avait en plus accueillis chez eux au mois d’août dernier entre deux aventures. Le monde et tout petit! Surtout le monde de la voile! Il y a d’ailleurs une célébrité avec nous ce soir. Sir Robin Knox Johnson, le premier homme moderne à avoir officiellement coupé tous les méridiens sans escales pour un « tour du monde ». On profite de l’occasion pour aborder ce monsieur qui est resté particulièrement accessible, je me rend compte de ma chance de pouvoir rencontrer un tel personnage et il se prends même au jeu de poser avec nous pour une photo souvenir!

De retour au bateau, je fais la rencontre avec le reste de l’équipage. Il y a Bruce, un ingénieur à la retraite et passionné de photo, Mike un british qui ne craint pas l’eau, et Fred, un australien à l’accent autant prononcé que sa descente de bière.

On aura plus le temps de faire connaissance en mer, Leah me propose de l’accompagner dire bonjour à une amie, Lisa Blair, qui vient d’acheter « Action Now » un open de 13m, pour réaliser un challenge autour de l’Antarctique. Lisa est une des 4 autres skipper qui m’a contacter pour me proposer un convoyage, c’est une bonne occasion de faire connaissance en attendant une autre opportunité de naviguer ensemble! Je fini ma soirée au concert de « The Audrey » au Taste festival, un groupe que m’avais fait découvrir Victoria lors de ma première expérience HelpX avant d’aller me coucher.

image

Quel plaisir de se réveiller bercer par le clapot! Le temps de faire quelques courses au Woolworth du coin, de profiter du marché de Salamanca pour une dernière dose d’abricots, et on largue les amarres juste après midi. Cap sur l’aventure!
On se retrouve face au vent toute la première partie de la descente de la rivière, du coup on navigue au moteur pour gagner du temps. Il est temps de hisser les voiles et d’infléchir notre cap en direction du sud de la Tasman Peninsula.

L’extrémité du cap est marquée par des falaises immenses qui tombent à pic dans l’océan. C’est vraiment impressionnant et on a beaucoup de chance. D’une part le soleil qui décline déjà apporte une superbe lumière et met en valeur le relief, mais en plus l’état de la mer nous permets d’approcher vraiment proche et d’apprécier le spectacle dans toute sa démesure! Et pour compléter ce tableau déjà idyllique, des dauphins viennent nous tenir compagnie et jouer autour du bateau!

La nuit fini par tomber, l’heure de mettre en place les quarts. Groupe A Tony, Leah et moi, groupe B Fred, Bruce et Mike. À partir de là il devient vite difficile de se souvenir de quel jour nous somme, le rythme 3h/3h efface la notion du temps. Les quarts se succèdent et se ressemblent. Ça devient un exercice de patience, l’occasion de se concentrer sur ce que je fais, une manière de méditer. Le vent se renforce petit à petit, les vagues viennent taper contre la coque et retombent sur le pont en nous aspergeant copieusement.

Le troisième jour on arrive à la pointe Nord-Est de la Tasmanie, devant nous Bass Strait, la zone sérieuse où la houle, le vent et les courants forme la mer qui peut devenir impressionnante. C est dans ce secteur qu’en 1998 une tempête a rapidement balayée la courses causant des damages conséquents. 5 bateaux ont été coulés et 6 marins y ont perdu la vie. 50 équipages n’ont pas fini cette édition. C’est sur que c’est mieux pour le bateau d’avoir de conditions correcte de navigation, mais j’espérais quand même vraiment voir des vraies grosses vagues sur cette traversée. Tant pis! Le bateau se fait tout de même bien balotter, la fatigue commence à se faire sentir parmis les équipiers. On a le temps de discuter avec Leah. Il semble se passer de choses sur le bateau dont je ne me rend pas compte…la fatigue apporte un lot de tensions entre les équipiers. Quand le vent commence à être régulièrement autour de 30 nœuds, et que les deux ris sont pris dans la grand voile, notre skyper décide d’affaler le génois, et là, c’est le drame! Un « clang », un bas haubans tombe sur le pont cassé net à l’attache du mât. Heureusement c’est celui sous le vent, qui ne travaille pas trop pour l’instant, mais ça veux dire qu’avec ces conditions musclées, l’empannage et le virement de bord sont interdit, ça rends les choses compliquées quand on a le vent dans notre 170°! Du coup on met le cap sur Éden pour prendre le temps de réparer et laisser passer un coup de vent par la même occasion.

On y retrouve de nombreux voilier de la régate sur le retour dont « Yeah Baby » et « King’s Legend » qui m’ont également proposé un embarquement. L’occasion de s’offrir une bonne douche, un petit dej’ gargantuesque, et de faire connaissance avec les autres voileux. D’ailleurs on retrouve tout le monde encore au pub du village le soir, où Tony a loué un dortoir pour que tout le monde puisse dormir au sec. L’occasion de pousser les conversations jusque tard le soir!
Éden est un petit village de pêcheurs où il est agréable de se promener. Il n’y a malheureusement pas grand choses a faire, hormis le musée consacré non pas à un jardin mythologique, mais à la chasse à la baleine qui a fait sa fortune dans les années 1900. La baie était connue pour une étrange association entre les orques et les hommes, les premiers rabattant les baleines dans la baie pour faciliter le travail des seconds. Ils se partageaient alors la carcasse. Cette pratique existait depuis des millénaires avec les aborigènes, mais la pêche de survie est devenue industrie, et avec le des grands cétacés surexploités a sonné la fin de cette étrange association.

Cette escale est du coup pour moi l’occasion de prendre le temps d’écrire et de prendre du temps pour moi et jouer de l’accordéon. L’escale à Éden est aussi l’occasion pour deux équipiers de finir le chemin par la voie terrestre. Bruce qui n’a pas été bien tout le début du voyage et Mike qui viens d’apprendre la perte d’un proche abrègent leur traversée ici.
3 jours de repos, Tony a un gars qui arrive par avion avec la pièce pour réparer le bateau et faire la fin du retour avec nous. Le temps de grimper au mats pour changer le haubant et on largue les amarres. Cap sur Sydney!

image

Le temps est beaucoup plus cool et la navigation agréable, mais le nouveau, James, sent le mal de mer qui monte et fini par vomir par dessus bord. Du coup il essaye de dormir un peu pour récupérer et loupe le spectacle des dauphins qui nagent de nuit dans le phytoplancton phosphorescent tels des fantôme de lumières, des comètes qui viennent danser autour du bateau dans l’obscurité de l’océan. Un spectacle qui restera gravé dans ma mémoire, il n’est juste pas possible d’immortaliser ce phénomène en photo. Il nous faudra une journée et demie pour arriver enfin dans la baie de Sydney. Tony réalise la manœuvre d’amarrage à 4h30 le samedi 9 janvier, nous voilà arrivés ! Le temps de dire au revoir à Tony, Leah et James qui quittent le bateau et je vais me recoucher. Ça me fait bizarre quand même comme cette aventure fini si brusquement, on a à peine eu le temps de se dire au revoir, je repasse le fil de cette expérience dans ma tête pour tirer les conclusions de ce 12ème chapitre. J’apprécie toujours autant d’être sur l’eau, surtout avec les moments magiques que j’ai de nouveau eu l’occasion d’y vivre. Les paysages à couper le souffle du sud et les dauphins de nuit effacent les tensions qu’il y a eu avec un des équipier! Une idée germe dans mon esprit, prendre le temps de voyager de ville en ville juste par la mer. Entre convoyage et couchsurfing ça peut être une bonne expérience. J’y avais déjà pensé, mais ma discussion avec Marion qui voyageait sur King’s Légend me remet l’eau à la bouche. D’ailleurs finalement ils ont marqué un stop à Sydney, j’aurais pu embarquer avec eux sur ce superbe Swan 65, mais je n’aurais sans doute pas vécu l’expérience de la même manière. Je ressort plus fort de comprendre ce que j’ai vécu!

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s